Samedi 3 mars 2007

Me revoilà en ce samedi brumeux pour faire part de mes impressions sur la finale du concours de plaidoirie qui s'est déroulée jeudi 1er mars à la Cour d'assises de Nîmes.

Tout dabord, j'arrive aux alentours de 8h30 et là je croise une candidate, aussi stressée que moi, si ce n'est plus. On discute, on s'échange nos points de vue, nos angoisses ("Non je ne veux pas passer en premier !" ; "Tu crois que tu peux tenir 3O minutes en plaidant?") Une seconde candidate arrive, nous rejoint dans notre conversation oh combien détendue !

8h50, un petit tour au pipi room, le rendez-vous des candidats semble t'il ! On se réconforte, j'essaye de faire un peu d'humour : "Quelqu'un a t'il pensé à prendre une pelle pour creuser notre trou?" Demi-sourires ! L'ambiance n'est pas vraiment sereine...

On nous fait entrer dans la Cour d'Assises et là...le CHOC ! Une superbe salle en bois, on se sent tout petit. Intérieurement, je me demande ce que je fiche ici, je ne suis pas à ma place. On nous invite à prendre le petit déjeuner, les membres du jury commencent à arriver. Je ne peux rien avaler, juste un petit café. Un rayon de soleil : mes parents viennent de débarquer, la tension est palpable, ils sont presque plus impressionnés que moi !

Puis tout s'enchaîne très vite. On s'installe sur des bancs inconfortables, les spectateurs se mettent en place. Je sors mes notes, je prends le temps de les relire fébrilement, toutes les parties de mon corps tremblent. J'engage la conversation avec ma voisine. Quelques mots sont échangés...

Puis l'ordre de passage tombe : Mon adversaire et moi sommes les premiers... Tout ce que je craignais... Je ne peux plus reculer. Je me lève pour enfiler une robe d'avocat. Un moment solennel. Je me tourne vers le public, je cherche un regard amical. Mes jambes vascillent ! Mon adversaire me glisse quelques mots : "ça va bien se passer, ne t'en fais pas ! Ne te sous-estimes pas, tu es là et tu le mérites!" Fort de ses expériences précédentes, il sait de quoi il parle ! Cela me réconforte un peu.

Je m'installe dans le "box" ! Et mon adversaire débute sa plaidoirie. Je le trouve très bon, il est clair, concis, il sait ce qu'il fait,... Je commence à douter. Puis le moment est venu de plaider pour mon client. Je me lève et m'installe au prétoire, je ne regarde pas la salle, je ne regarde pas le public, je ne regarde pas mes parents, je fonçe. Je fais ce que j'ai à faire... Je suis dans l'arène. Mes tremblements cessent, mon trac a presque disparu. "J'y suis, j'y reste"

J'essaye de faire un peu d'humour, j'interpelle mon auditoire : "Qui oserez prétendre parmi vous qui'il préfère manger des légumes génétiquement modifiés plutot que des produits sains et naturels issus d'une agriculture biologique? Personne"

Premières esquisses de sourires sur quelques visages, cela m'encourage et je poursuis !

"Ce sont dans les vieilles marmites que l'on fait les meilleures soupes ! " Quelques éclats de rire dans la salle, je poursuis !

"Un principe énonce que "nul n'est censé ignorer la loi", mon client ne l'a pas ignoré, il l'a anticipé !" Là, quelques regards amusés se posent sur moi, je pourrais dire au moins que le jury ne s'est pas ennuyé pendant ma prestation !

Puis je termine ma plaidoirie par une boulette : "je demande la relaxe de mon client" ( ON NE DEMANDE PAS LA RELAXE DEVANT LA CEDH, MADEMOISELLE !)

La fin des haricots est proche... Les questions du jury fusent :

- "La biodiversité est-elle aujourd'hui, selon vous,un droit fondamental ?" (merci Mr Perruchot ! )

- "Pourquoi parler de principe de précaution dans votre plaidoirie, n'est-ce pas en contrariété avec la défense des intérêts de votre client?"( Merci Mr Sautel ! )

- "Peut-on désobéir à la loi injuste?" (Merci Mr Darmaisin ! ) On apprend ici une nouvelle devise de la République : Selon moi, on peut désobéir à la loi injuste dans un intérêt supérieur de liberté, d'égalité, de fraternité ou de biodiversité ! Le jury est amusé, je réponds aux questions avec aplomb, peut-être trop !

Mon adversaire, de son côté, se fait lui aussi cuisiner, on lui demande de parler de pêches géantes !

Puis le jury en a fini avec nous et le prochain cas fictif de violation des droits de l'Homme peut être plaidé... Des poids lourds débarquent au prétoire, des plaidoiries remarquables, des réponses pertinentes. Il est beaucoup plus agréable d'être spectateur qu'acteur ! Presque midi, on prononce la reprise du concours à 14h15. Je retrouve mes parents, les premières critiques fusent, les premiers louanges aussi. Le repas n'est qu'une vaste discussion sur ce que j'aurais du faire ou ne pas faire. Je me lamente sur mon sort. On me réconforte.

14h30, de nouveaux candidats viennent plaider leur cause devant ce jury si exigeant ! Des questions étranges émanent du jury : "Y a t'il un droit opposable au sexe?", "Le bissexuel peut-il demander à changer, à sa guise, de sexe à l'état civil?" Les candidats, loin de se démotiver, répondent avec conviction, on a l'impression qu'ils sont parfaitement à l'aise. Pourtant, pour en être passé par là, je sais qu'il n'en est rien !

Deux nouveaux candidats se présentent, l'un d'entre eux n'est pas juriste mais ingénieur, sa prestation est remarquable. Là aussi les questions les plus déstabilisantes du jury sont "expédiées" par les candidats : "Où se situe la frontière entre religion et secte?" La candidate, loin de se sentir menacée, répond habilement, elle maîtrise le sujet : "Une liste de sectes est dressée par l'Assemblée Nationale, et le mouvement que je défends n'en fait pas partie..." Bluffant !

Puis la journée se termine, le jury se retire pour délibérer et je vais noyer mon chagrin dans un café noir.

Rendez-vous à 18h30 à la mairie est fixé. Tout le monde se rejoint devant l'Hotel de Ville. Les premiers pronostics sont lancés . Quelqu'un lance à un candidat près de moi : "Je te dis que c'est toi qui va gagner !". "Mais non, tu dis n'importe quoi".

L'attente commence à devenir pesante, je parle d'autre chose, je m'éparpille...

Puis le moment est venu de déclarer le vainqueur du concours. Les résultats tombent, je finis 4ème ex aequo avec 3 autres personnes. La note de 12/20 nous a été attribuée. Mon adversaire est déçu, cela me fait un peu de peine. Moi je garde le sourire aux lèvres et plaisante un peu. Je suis ravie de cette journée. Cette expérience est inédite et passionnante. Le Président de la Cour d'Assises nous rend un magnifique hommage. Son discours me touche. Il est ravi d'avoir pu assister à une présentation de ces jeunes juristes bourrés de talents ! Quel discous ! Puis Mr Doria, biographe de Paul-Emile Goguillot, dont le concours de plaidoirie porte le nom, nous présente avec passion l'homme qu'il admire. Il nous expose par ci par là quelques anecdotes sur sa vie. Son discours est vivant et passionnant.

La remise des prix se fait tout en pudeur. Je regarde mes 3 camarades malchanceux et je m'aperçois que je suis la seule à bien encaisser le coup. Bien sûr je suis déçue, dire le contraire reviendrait à mentir...

Mais la consolation est vite trouvée. Tout d'abord, si je n'ai pas été parmi les 3 vainqueurs, c'est tout simplement que je ne le méritais pas ! Et puis, plaider à la Cour d'Assises, ce n'est pas rien !

Il y a un an, j'aurais été incapable de présenter un tel concours, aujourd'hui, non seulement je l'ai présenté mais je suis arrivée en finale et je suis restée moi-même, c'est à dire drôle et audacieuse. Et c'est de cela dont je suis le plus fière !

L'apéritif est annoncé. Je bois un verre vite fait. Des petits groupes se forment dans la salle. Je suis un peu à l'écart et j'observe. Le vainqueur de la dernière édition vient me consoler. "Vous devez absolument représenter le concours l'année prochaine, vous avez bien réagi aux questions du jury, il faut persévérer ! " Son regard est appuyé, plus que les mots, on sent du respect dans ce regard... C'est cela qui me décide à réitérer l'année prochaine l'exploit d'arriver en finale.

En bref, une journée chargée en émotions... Epuisée je m'eclipse sur la pointe des pieds, personne ne remarque mon absence, je me perds dans la nuit. Sur le trajet du retour, je suis songeuse. J'ai la sensation d'avoir participé à une expérience unique.... 

par Charlotte publié dans : mistaattaque
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