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Samedi 8 mars 2008
Je ne pourrais ni dire "Jeu, set et match", ni "échec et mat". ;-)
Bien sûr il y a la frustration de ne pas avoir donné le meilleur de soi-même et bien sûr il y a la déception de ne pas avoir su être prête à l'instant T pour répondre à la rafale de questions du jury. Mais deux enseignements concernant ce concours : 

- Premièrement je ne serais jamais avocate. J'aspire à devenir une meilleure enseignante qu'avocate ;-)

-Deuxièmement, je ne présenterais plus le Concours de plaidoiries. J'ai un peu le sentiment que c'était "l'édition de trop". Un sentiment de culpabilité m'a envahi lorsque les candidats qui s'étaient présentés aux éliminatoires, sont venus nous encourager pour la finale.  Un peu le sentiment de ne pas être à ma place, de ne plus être à ma place. Il faut laisser l'espace pour du sang neuf. Etre réaliste et savoir abandonner au bon moment. Reconnaître qu'il y a des domaines pour lesquels nous ne sommes pas compétents et pour lesquels nous ne le serons jamais... C'est peut-être cela le plus difficile... Mais passé le temps de l'introspection,  cela me laisse un  sentiment de soulagement : je n'aurais plus jamais à me stresser pour rédiger une plaidoirie et la soutenir... :-D

Après ces quelques premières remarques, je vous laisse savourer comment s'est déroulé la journée....

8h40 : J'arrive au Palais de Justice de Nîmes par l'entrée principale, et me dirige vers la Cour d'Assises sans hésitation. Je connais l'endroit pour y avoir déjà plaidé l'an dernier.  A l'entrée, 3 ex-camarades de 3ème année sont là. On papote un peu. J'entre alors dans la salle de torture et me dirige à l'endroit où le petit déjeuner est installé. Les membres de l'Association Paul-Emile Goguillot sont tous présents et quelques personnes du public partagent ce 1er repas de la journée :  des malheureux candidats qui n'ont pas passé le cap des éliminatoires. Un petit pincement au coeur pour eux. Ils me sourient, sont jovials. C'est difficile. Ils étaient tous tellement bons... Je ne peux rien avaler. Pas même un café. J'ai froid. Quelques candidats affluent vers la table du petit déjeuner. Les sourires sont crispés et les conversations tendues. La pression monte insidieusement. Une amie à moi me rejoint. Son flux positif envahit la salle.

9h10 : Tous regroupés dans la Cour d'Assises, la Présidente de l'Association prononce un discours d'introduction puis nous procédons au tirage au sort des sujets. Soupir de soulagement. Je ne suis pas la première. Toutefois, mon binôme passe en milieu de matinée. J'essaye de profiter au maximum de ce "répit" pour profiter de la plaidoirie de mon camarade de M1 Thomas. Quelques tremblements et hésitations plus tard, Thomas parvient à s'installer. Il avance ses arguments avec style. 30 minutes plus tard, c'est au tour de la partie adverse de prendre la parole et de convaincre les membres du jury que le téléchargement illégal de fichiers musicaux porte atteinte aux Droits d'auteur. Une fois leurs plaidoiries terminées, les candidats sont passés "au grill". Le jury leur pose différentes questions. Thomas et Olivier tentent d'y répondre avec le plus de discernement et de clarté possible. Une drôle d'ambiance règne au sein des candidats assis de part et d'autre de la salle. Nous prenons la température. On essaye de "percer à jour" les intentions du jury, de comprendre leur "fonctionnement", comme s'ils étaient des bêtes curieuses. ;-) 
L'une des membres de l'association nous octroie dix minutes de pause. De mon côté, je tente de rassurer mon camarade. Il fait la moue. Perfectionniste, il a le sentiment de ne pas avoir donné le meilleur de lui-même. Je peux le comprendre, je suis de la même "trempe". Rien de plus frustrant que d'avoir la sensation d'avoir été à mi-chemin de ses facultés. Puis je vais rejoindre mes proches. C'est bientôt mon tour. Un de mes enseignants M. Rolland fait irruption dans la Cour d'Assises et vient me souhaiter bon courage. Il est pressé et ne pourra pas assister aux plaidoiries mais il tenait à me soutenir. Je suis touchée. Quelques paroles échangées avec différents inconnus. L'heure suivante sera la mienne, ou ne sera pas... J'encourage mon adversaire qui fait triste mine. La sonnerie retentit et le "jeu" peut recommencer.

11h00: L'une des membres de l'Association annonce le cas pratique suivant. Je me lance dans l'arène. Je suis demandeur dans l'affaire. 20 minutes, c'est le temps qu'aura duré ma plaidoirie. Pourtant j'ai eu l'impression que le temps s'était soudain accéléré. Quelques visages fermés dans le Jury. D'autres me donnent l'impression d'être perplexes. D'autres encore hochent la tête et affichent un léger sourire. Je tente de me "maîtriser".
C'est alors au tour de mon adversaire. Elle s'élance à la "barre". Paralysée par la peur, je la vois trembler de tous ses membres. Je la fixe avec attention. Elle enchaîne de très bon arguments. Puis le temps des questions est venu. Je devrais plutôt dire le temps de la torture ;-) Les questions sont précises, le vocabulaire choisi et les attentes énormes. Je ne suis pas à la hauteur. Dépassée par une question du Président du Jury, le sol se dérobe sous mes pieds. Je ne comprends pas le but de sa question, je ne comprends pas ce qu'il attend de ma réponse. Il me donne du fil à retordre. Je baisse les bras. Je sais alors que c'est terminé pour moi. Ma consoeur a droit également à une salve de questions. Les membres du Jury ne "s'acharnent" pas sur elle.
C'est ainsi que s'achève cette matinée riche en rebondissements, en jeux de mots et en proverbes latins.
Rendez-vous est pris pour la suite des "hostilités" à 14h30.

Après quelques hésitations, mes proches, un des candidats et moi, nous filons nous rassasier dans un petit restaurant sympa de la Coupole à Nîmes. Les assiettes sont rapidement vidées, sauf la mienne. Je picore... Encore ce noeud à l'estomac qui me taraude. Les discussions sont vives et animées. Mais nous parlons peu de cette matinée. C'est presque un tabou, un accord tacite entre nous. Ne pas en parler. Le temps est comme suspendu pendant le repas. Une bulle d'oxygène. En sortant du restaurant, on prend le temps de se ballader un peu. On admire l'archtecture de la Maison Carrée. C'est comme si la matinée était effacée de la mémoire collective. Mais très vite, la réalité nous rattrappe. Ils nous faut rejoindre le Palais de Justice.

14h00 : A l'entrée principale, quelques personnes présentes dans le public sont déjà là. Elles se mêlent à nos conversations. Puis nous rejoignons la salle des supplices. On enfile nos robes d'avocats respectives. Elles nous aident à entrer dans la peau du "personnage". Les membres du Jury pénètrent dans la salle. C'est le signal. Nous allons reprendre d'ici peu. Les derniers conseils fusent "N'oublies pas de te présenter devant le Jury", "Ne dépasses pas le temps limite..."

14h30 : Puis la sonnerie retentit à nouveau, cette maudite sonnerie. Quelques clichés plus tard, les plaidoiries reprennent. Un candidat de L1 se lance dans la bataille. Je suis impréssionnée par sa performance. Sans aucune connaissance en Droit Pénal, ni en Droit Administratif, il parvient pourtant à tirer son épingle du jeu. Il peut être fier de lui. Je n'aurais jamais réussi à faire une telle prestation lors de ma 1ère année. Il ira loin, j'en suis sûre. Vient alors le tour de son adversaire. Posée, sereine, elle avance ses arguments, un par un. Son discours est clair, ses arguments convaincants. Les questions du Jury ne la déstabilisent pas le moins du monde. Elle tente de démontrer pourquoi il est légitime qu'un potentiel récidiviste se voit infliger une peine de rétention de sûreté.
Enfin, le dernier binôme intervient. Le couple infernal, la "paire" (et la perle) rare. Ces deux candidats valeureux s'affrontent lors de joutes verbales de haute voltige. On assiste à des prestations orales de grande qualité. Le jury s'acharne, les poussent dans leurs derniers retranchements. On pourrait presque ressentir la moiteur de leurs mains à distance, et entendre le palpitement de leurs coeurs.
Le Président du Jury clôt alors les plaidoiries. La Présidente de l'Association nous félicite pour nos "brillantes prestations". Nous devons laisser le Jury délibérer. Les résultats seront proclamés dans une heure.

Le Public se disperse. Nous décidons d'aller prendre un café. On chahute, on rit, on se détend. Ca sent la fin de la torture... ;-)

18h00 : Puis l'heure est venue de retourner auprès des autres candidats pour connaître le verdict final.

A la demande de la Présidente, les candidats s'installent sur les 2 premiers rangs. Je fuis le regard des membres du Jury. J'ai comme un sentiment de "honte" face à eux. Je fixe donc mon attention sur le discours de la Présidente. Les autres candidats n'en mènent pas large non plus. Puis M.Doria, biographe de Paul-Emile Goguillot, prend la parole. D'anecdotes amusantes en anecdotes amusantes, il détend l'atmosphère. Le public est entassé au fond de la salle, par manque de places assises. 
Maître Fontaine saisit alors le micro et rend un vibrant hommage aux candidats. Je me sens mal à l'aise. Je ne me sens pas concernée par cet hommage. J'en suis "orpheline".
Il prononce alors la liste des lauréats. Sans aucune surprise. Les plus méritants sont sur le podium. J'adresse aux candidats un sourire radieux. J'espère que d'apprenti avocat, ils deviendront avocats purs et durs. ;-)

Le coup d'envoi est lancé. Tout le monde se rue sur le buffet. On boit, on discute. On console, on félicite, on rassure. On rit, on décompresse, on se détend. Les membres du jury font un "tour d'honneur" et félicitent un par un les finalistes. Ils s'entretiennent plus longuement avec les lauréats, s'intéressent à leurs aspirations. Un brouhaha incessant emplit la salle. Peu à peu, la fatigue émerge. Les gens commencent à se disperser. Je tente en vain de m'eclipser. A plusieurs reprises, on me retient. Puis, c'est enfin le départ. Je sors du Palais de Justice, accompagnée d'une amie. On rejoint ma voiture. Je la raccompagne puis rentre chez moi.

Cette journée aura été éprouvante. Elle aura également été riche. J'aurais appris de nombreuses choses : l'humilité, le respect, le goût de l'effort,...
J'aimerais pour conclure adresser un grand merci, aux membres de l'Association Paul-Emile Goguillot, aux membres du Jury, aux personnes du public qui nous ont formidablement soutenu et à tous ceux, qui ont de près ou de loin, contribué à ce que cette journée se déroule aussi bien. J'espère que chacun aura apprécié, autant que je l'ai apprécié, ce 7 mars 2008.
par Charlotte publié dans : mistaattaque
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Commentaires

J'oubliais : tu as une chose de plus à faire : http://www.erasoft.fr/2008/03/07/218/

Ou pas, hein ;)
commentaire n° : 1 posté par : erasoft (site web) le: 08/03/2008 14:09:53
C'est dommage que tu ne veuilles pas le retenter...
commentaire n° : 2 posté par : Céline le: 12/03/2008 15:22:26

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