Une fois n'est pas coutume, cet article s'adressera principalement aux jeunes étudiantes, celles qui sont quotidiennement harcelées par des après-midi de printemps,
alors qu'elles essayaient seulement de réviser leurs examens. Individus de sexe masculin s'abstenir.
Mais commençons par le commencement. A quoi sert une bibliothèque universitaire ? La réponse semble évidente mais tout de même, Internet est mon meilleur ami et je tape donc "bibliothèque
universitaire définition" sur mon moteur de recherche préféré. Wikipédia me répond avec célérité et efficacité : "Une bibliothèque universitaire (BU) est une bibliothèque rattachée à une
université. Les documents et les services présents dans la bibliothèque universitaire peuvent ainsi servir à la double mission des universités, l'enseignement et la recherche."
Il confirme donc ma toute première impression : une bibliothèque c'est fait pour étudier !
Mais cette fonction éducative, de partage des informations, du savoir, des connaissances, fonction héritière de siècles d'Histoire, n'est pas du goût de tout le monde en réalité, et surtout pas de
la gent masculine.
Tel un prédateur, le juriste mâle ère dans les rayonnages d'ouvrages, entre le droit administratif et le droit fiscal, entre le Code civil de Dalloz et le code pénal de Litec, et
s'approche lentement de sa proie. Ca commence par une question banale : 'Tu étudies le droit?" ( et là, on ne peut s'empêcher de sourire et de penser "Non, non, je flâne juste dans
le rayon droit, avec 4 bouquins de droit humanitaire sur les bras, juste pour le plaisir...")
Ou alors, le juriste mâle peut opter pour la technique de la chasse à courre, en groupe (en troupeau plutôt, voire en meute). Ils se dispersent alors aux 4 coins de la bibliothèque, recherchant la "perle rare", "l'élue juriste" (d'une nuit, ou pour la vie), la harcelant
jusqu'à ce qu'elle craque, range poliment ses affaires pour aller bosser son commentaire de texte ailleurs.
Il y a ceux également qui, passent 15 fois devant vous en 3 minutes en espérant que vous releverez la tête ; ceux qui s'installent à votre table sans vergogne ; ceux enfin qui, de
manière classique, demandent un stylo ou un correcteur blanc alors que vous pouvez voir dépasser de sa trousse au moins une quinzaine de stylos quasiment inutilisées (normal, à
force de "courir la juriste", on ne prend pas trop le temps de travailler)
Alors moi je dis : Stop à la drague dans la bibliothèque universitaire
!
Pour celles qui désireraient connaître les meilleures techniques pour éconduire leurs soupirants, je leur donnerais les conseils suivants :
- à ceux qui demandent pourquoi vous faîtes du droit, répondez-leur que le droit est la meilleure filière pour trouver un bon parti (sous entendu un bon mari). Fuite assurée. (Testé et
approuvé par moi-même)
- à ceux qui s'installent à votre table, indiquez-leur que vous avez rendez-vous dans quelques minutes avec votre directeur de recherche pour discuter mémoire. Au passage profitez-en pour
indiquer le nom du professeur fictif en question ( l'idéal : celui qui en impose et qui constitue la terreur des étudiants, leur inspirant des cauchemars épouvantables sur le fructus, l'usus
ou l'abusus) Déguerpissage assuré...
- à ceux qui vous proposerez d'aller boire un café, acceptez en leur déclarant que vous devez juste terminer votre devoir avant d'y aller : "J'en ai pour 2-3h maximum". DIssuasion
assurée.
J'espère, amies juriste et étudiantes sérieuses et motivées, que grâce à ces conseils, la bibliothèque universitaire redeviendra notre terrain d'études
préféré ! Luttez ! N'abdiquez jamais, relevez la tête et battez-vous :
Pour une bibliothèque meilleure !
Bien qu'il ne soit pas dans mes habitudes de vous livrer mes sentiments sur mes activités quotidiennes, je vais faire une entorse à mon règlement ce soir...
Il me faut tout d'abord planter le décor.
Nous sommes jeudi, début d'après midi. Il est 13 heures. J'ai rendez-vous avec de nouveaux tutorés. Qui s'avèrent être de nouvelles tutoréEs.
Durant le 1er semestre, j'ai pu faire quelques séances de tutorat avec des étudiants de 1ère année, VOLONTAIRES. Ils étaient peu nombreux. En réalité c'était quasiment le désert. Mais ils étaient
très motivés et n'hésitaient pas à nous poser de nombreuses questions et à nous faire part de leurs appréhensions. L'ensemble des tuteurs étaient regroupés dans la même salle, ce qui permettait un
échange, une mixité des conseils qui est toujours la bienvenue.
Ici, changement de décor. Le tutorat est désormais obligatoire pour tous les étudiants qui ont eu entre 8 et 10,5 de moyenne au 1er semestre. Chaque tuteur a en charge un
effectif de 7 étudiants qu'il gère dans une salle particulière. Me voilà donc, à l'horaire prévu, à la porte de ma salle de tutorat, seule. Quelques camarades de
promo ont pris la fuite. Par peur de se retrouver seuls avec des 1ères années, ils ont décidé de ne pas venir. Comme je souhaite être Maître de conférences, je suis
rationnelle. Je dois en passer par là. Pour confirmer ma vocation. Me prouver que je suis capable de gérer un petit effectif, de faire quelque chose de bien avec
eux, leur apporter un petit plus. Car, si j'ai choisi l'enseignement, c'est parce que j'ai envie de transmettre un savoir, de partager ma passion,... Bref, j'essaye
d'arriver assez sereine pour cette épreuve du feu. Je récupère les étudiantes d'une de mes camarades portées disparues. Je me retrouve avec un effectif de 5 étudiantes. Le compte n'y est pas.
Je commence par me présenter. Je leur explique en quelques mots les modalités du tutorat pour ce 2nd semestre : 2 séances obligatoires. Je leur annonce d'emblée que je m'engage, si elles le
souhaitent à continuer le tutorat jusqu'à la fin de l'année. En réalité, rien ne me ferait plus plaisir. J'aimerais poursuivre l'aventure jusqu'au bout. Mais je ne me fais pas d'illusions. Ces
jeunes filles considèrent le tutorat comme une punition pour ne pas avoir décrocher leur 1er semestre. Elle ne le voient pas comme quelque chose qui peut les aider à corriger les
imperfections.
J'essaye d'identifier leurs problèmes, de comprendre qu'est-ce qui leur a posé difficulté durant la 1ère partie de l'année. Et là, je suis confrontée à un premier problème : le
mutisme absolu. Je pose une question et on ne me répond pas. J'entends mes propres mots résonner dans la salle. Je tente donc une approche biaisée. Je pose des questions par lesquelles
elles peuvent répondre par Oui ou par Non. Quelques-unes hochent la tête. Victoire. Je serais au moins arrivée à leur soutirer quelques informations. Je constate que sur les 5 étudiantes qui sont
face à moi, 3 sont des redoublantes. A force de persuasion, j'arrive à obtenir un aveu, 2 d'entre elles m'avoue que la cause possible de leur échec serait un manque de travail.
Je passe le reste de l'heure à leur prodiguer des conseils. Des conseils qui me semblent pertinents. Pertinents selon moi. Mais pour elles ? Comment savoir ? J'essaye de communiquer
désespérément, vainement. Une simple question sur la méthodologie me retourne, sans réponse. C'est difficile. Je m'accroche. Mais je le prends comme un échec. Est-ce ma
faute si je ne suis pas arrivée à instaurer un lien de confiance avec mes tutorées ? Vais-je parvenir à effacer l'aspect "sanction" de ce tutorat ? Autant de défis à relever. Il
ne me reste plus qu'une séance pour leur donner envie de poursuivre l'aventure avec moi. L'épreuve me semble impossible à remporter. En tout cas, une chose est sure, cette méfiance m'a donné plus
que jamais l'envie de les aider. Cela a ravivé ma combativité. Je vais faire de mon mieux. Car celui qui ne veut pas être aidé, ne le sera pas. Mais si, avec un peu
d'insistance, j'arrive à obtenir un quelconque résultat, ce sera déjà ça. L'ennui c'est que je manque de temps. Mais pas d'acharnement.
Il a été convenu après de nombreux tatonnements, que la semaine prochaine, chacune apporterait un travail qui lui a posé difficulté au cours de la semaine : une dissertation, un commentaire
d'arrêt, un commentaire de texte,... et que nous essayerons d'identifier les difficultés de chacune.
En fin d'heure, un miracle se produit. Même si le procédé est un peu agressif, l'une d'entre elles me pose une question. La réponse que je lui apporte semble ne lui convenir qu'à moitié. Je
lui demande de m'apporter un exemple, la semaine prochaine, afin de rendre les choses plus concrètes.
Ce qui me pose souci également, c'est qu'aucune d'entre elles n'était venue dans l'idée d'en retirer un quelconque bénéfice. C'était juste "obligatoire" pour elles.
Comme pour détendre l'atmosphere, juste avant qu'elles partent, je leur glisse un : "Je ne mords pas". Une esquisse de sourire se dessine sur quelques visages.
Auraient-elles compris que j'ai autant la trouille qu'elles de mal faire ?
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